Samuel Dixneuf

plaidoyer

In carnets on 20 novembre 2010 at 15:59

Tu apercevais d’abord son ombre, flageolante (ou était-ce son reflet ?). Elle lampait la pierre usée. Paresseuse, inéluctable, elle progressait, comme la vermine excitée par la chaleur. Tu entendais son pas ensuite, maladroit, lent, dégoûtant. Tu aurais voulu courir, les poumons brûlants, descendre le chemin, celui de l’étang, mais tu restais là, à observer ton vieux compagnon te prendre par la main, la nausée. Il apparaissait enfin, l’infâme, tête la première, cassé en deux, déséquilibre à lui tout seul. L’unique rue de ton village, sous poussières et entrailles ; volets clos sur jardins maléfiques. Assoupie, menaçante. Tu n’osais détailler son visage, il aurait pu être jeune. Pour te rassurer tu l’imaginais : abîmé, creusé, souillé. Il portait sur lui le poids invisible d’une faute qu’il n’avait pas commise, d’une faute qui le ravageait, qu’il lui brûlait d’embrasser. Il la dorlotait, il la chevauchait, monture exsangue, amante détestée, cinquième cavalier d’une apocalypse du rien. Après son passage, tu demeurais quelques temps, le regard vague, tremblant sous le soleil. Le vacarme t’assiégeait, les murs criaient, la vermine s’échappait des sols desséchés : COU-PABLE COU-PABLE COU-PABLE !

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