Samuel Dixneuf

Rimini

In invité(e)s, vasescommunicants on 5 août 2011 at 00:01

Je suis celui qui observe depuis la mer &

Je suis celui qui observe depuis le rivage.

J’ai huit ans.

Je regarde de bas ces grands hommes secs et bronzés qui vendent des serviettes, des noix de coco dans des seaux remplis de glace, ou des Africains • des breloques.

J’en ai neuf je ne comprends pas.

C’était pour nous le =paradis. La mer et ses habitants, les jeux et jouets, les soirées à marcher dans la foule, alors nombreuse, les bars, les bandes-dessinées, les paste garnies de panna, les brochettes de raisin, les moules que les gamins ramenaient sur leurs mauvaises barques de sauvetages, les crabes les pagures, les rochers qui scindent la mer de l’espèce de bouillon ou les ondes rident le sable. Ces rochers, des poissons, des anémones, des choses bigarrées qui rampaient ou ondulaient dans la battance.

J’en ai dix je suis roi.

Une vieille à vélo chaque matin hurlait Poisson, poisson, mais qui lui en achetait cette petite vieille de noir ?

C’était la balançoire Coca-Cola plantée dans la mer.

J’en ai douze ou quatorze.

Puis l’hôtel, ses chambres, le salon où pendaient des lustres viennois, et puis la clef et son porte-clef  rond de quel alliage je ne sais mais • gravé et lourd.

Ç’a été derrière : la route qui cillait la mer en dissimulait une autre, qui longeait les champs : là le bus bondé pour la ville ; derrière : les cuisines, les arrières-cours, et des graines d’ennui qui arrivent pourquoi ce sont de grandes plantes d’été, jaunies par le sable ou le sel.

J’ai quinze ans.

Je suis monté sur le toit, avec une chaise de fer. J’apprends à lire. Je vois la rue d’en haut, la mer d’en haut.

Je discerne qu’il y a des gens ici, dont c’est le jour — pas les vacances. Dont c’est le continu. Les routes se rejoignent, il n’y a pas de paradis. Les continus se rejoignent, à leur croisée, ce n’est pas un sommeil, c’est un surcroît, un regain ; je quitte la plage, mon désert répond au sien. Je cherche les bars les marchés, les edicole, les postes les églises, tout là où des gens. Je suis avide de bus. Je surprends les conversations, je vais et viens d’un terminus à l’autre, je m’éloigne vers des friches plus sordides encore, plus seules moins maquillées. Je me roule dans les grillages à poule, je course les glissières, je jouis sur le bitume fondu. Je battant sur le terrain vague. Il y a une ville, autour • je désire. Je jette un œil dans les fenêtres de derrière, je cueille tous les appétits d’insecte, je traverse toutes les heures de midi avachies étourdies, je machine comme un crabe.

J’apprends à fumer j’apprends à tuer le temps. On ne joue plus, on échaffaude on tisse, arthropode, on prépare on soude, arthropode, on ajuste et pointille.

J’abandonne je réfugie.

Claude Nori, Rimini 1983 (détail).

Vases communicants, cuvée 9 et ce texte de Benoît Vincent. J’ai écrit aussi, chez lui. C’est ici.

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  1. Le temps passe, objectivement le temps passe, mais dans cet écoulement objectif des choses et du monde, il y a notre musique, celle que nous faisons lorsque nous le laissons passer, et vous la saisissez très délicatement. Je reviendrai l’écouter.

  2. Envoûtant, étrange ce voyage dans le temps de la mer – de l’amer? – beau, aussi, bien sûr, beau…

  3. j’aime l’évolution du regard sur nos lieux familiers, avec les ans qui s’égrènent quand chacun vous fait gagner et perdre un peu (plus tard l’évolution se fat par paquets d’années)

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