Samuel Dixneuf

Sans titre

In invité(e)s, vasescommunicants on 4 novembre 2011 at 00:01

Rien. Presque rien. S’asseoir aux bords des mondes. Aux bords des routes. S’asseoir et lever la tête. Si la tête est trop lourde, il peut suffire de lever les yeux. C’est un effort si infime qu’il est toujours possible de le faire. Même quand la fatigue gagne et rend les membres pesants et lourds.

Presque rien. S’asseoir et regarder l’infini. S’asseoir pour regarder l’infini. S’asseoir et regarder l’infini entrer dans son regard. Parce que l’essentiel du mouvement viendra de l’infini. Il n’y a presque rien à faire, seulement s’en tenir à une infime immobilité.

Si le temps manque, si la place est disputée, si toute la matérialité exigeante et exigüe du monde se ligue, bouscule, enserre, s’asseoir, aux bords des mondes, aux bords des routes. Pour y affirmer son besoin intense d’infini. Il est toujours possible, même par une minuscule inspiration de l’air, d’affirmer ce besoin. Intense. Cette palpitation, en soi, de l’infini.

Il se trouve en outre que par une sotte construction des termes que nous employons sans réfléchir (et quand je pense à tout ce que nous faisons sans réfléchir, j’ai le vertige, il va de soi que j’ai le vertige, pas de ce vertige souriant et caressant qu’on éprouve aux bords des mondes, non, un autre, un vertige différent, étouffant, un vertige de l’oppression du monde et de la matière), il se trouve donc, disais-je, que le terme « infini » est terme négatif. Comme si on pensait l’infini comme une négation du fini ! Comme si, pour se retenir, se reprendre, se rétablir dans l’infini, il fallait, par un effort désespéré, repousser les limites du fini, écarter les murs, ouvrir les portes et les fenêtres, repousser, nier, nier de tout son pouvoir, de toutes ses forces, jusqu’à l’épuisement ! Quelle absurdité ! Comme si la recherche de l’infini était épuisante. Perdue d’avance. Sans espoir. Sans fin …

On a simplement oublié que l’infini est positif, et qu’il est mal nommé. Spinoza le rappelait, dans le Traité sur la Réforme de l’Entendement, 88, et il est possible de se retenir à cette rêverie philosophique.

 » … à toutes les choses qui sont seulement dans l’entendement et ne se trouvent pas dans l’imagination, on a souvent imposé des noms négatifs, tels que incorporel, infini, et on exprime même souvent d’une manière négative beaucoup de choses qui en réalité sont positives, et inversement : ainsi, incréé, indépendant, infini, immortel, sans doute parce que nous imaginons beaucoup plus facilement leurs contraires … »

Le fini est négation de l’infini.
C’est lui, qui enserre, resserre, termine, détermine, fractionne.
Le fini est négation, même si, dans la dénomination que nous lui avons inconsidérément accordée, la négation qu’essentiellement il est, ne se marque pas.

Négation de la demande. Négation de l’attente. De l’espoir de l’infini que nous portons en nous.

Alors il suffit de s’asseoir, aux bords des mondes, et de lever les yeux vers le ciel

Vases communicants, cuvée 11 et ce texte de Isabelle Pariente-Butterlin. J’ai écrit aussi, chez elle, là-haut

Publicités
  1. Ce cri d’énergie déterminé de l’en-soi infini, où comment remettre les points entre les i, pour respirer aux bords des mondes, où l’on voit tellement mieux tous les entrelacs de chemins, et les vois sans issues. Sortir des usages sclérosants des langues que nous avons créées, traversés de vieux héritages et de diktats hors nature, de ceux qui nous déforment en retour, et nous décalent du sens réel des choses nous portant hors de nous. Un très beau texte.. Merci.

  2.  » Non e il mondan romore altro ch’un fiato

    di vento, ch’or vien quinci et or vien quindi

    e muta nome perché muta lato »

    DANTE

    la rumeur du monde n’est qu’un souffle de vent

    qui tantôt vient de là tantôt d’ici

    et change de nom en changeant de côté

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :