Samuel Dixneuf

Compagnons

In carnets on 28 février 2013 at 00:37

Il est là, ici-même et là-bas. Je le sens, dans ma chair, dans mon sang.

Une démarche franchit la grille, fragile. Un homme : long et lent. Il s’éloigne. Un bâtiment disparaît. Le bâtiment où il passe ses jours, parfois ses nuits, en silence. Le silence qui t’enveloppe, le silence qui t’accompagne, qui te ronge, peut-être. Le silence que personne ne soupçonne, que personne n’interroge, dans le hurlement des machines.

Je vis en lui et il vit en moi.

Tu te demandes bien où elle va le mener, sa démarche fragile. Des questions, t’en reste-t-il ? Elle le mène quelques rues, plus bas. Il pousse une porte, une autre, quelques pas, il effleure, comme toujours, le grain du zinc, n’hésite plus. Quelques pas et il glisse, sur la chaise, sa chaise d’angle, au réchaud. De loin -mais on ne regarde pas- impression que son corps lâche, – – –

et que des vêtements trop amples, un instant, plus tard, s’amoncellent sur le vide qu’il occupe.

Je le vrille, il me sculpte.

Il attend. Une main pose un verre, sèchement, sur la table. Tu ne lèves pas la tête. Tu attends. La main s’éloigne. Les siennes, sombres, longues, décharnées, enveloppent le liquide grenat qui danse doucement sous l’oeil des néons.

Je procède de sa volonté.

Il rencontre le verre, à quelques reprises, brèves, il le vide, sans penser. Tu suis le parcours du liquide qui court. Une étincelle qui t’ébranle tout entier. Il veut répéter la séquence, peut-être.

Je lui suis utile, il n’est rien. Il n’est rien, sans moi.

Tu te concentres. Tu essaies. Il est dans ton ventre, à droite, au creux. Dans cette grande articulation, entre le tronc et les jambes. Il a toujours été là. Une entrave au mouvement, un éteignoir des joies, des élans. Des angoisses. Une lessiveuse des sentiments. Un trou noir, où tu continues de t’éparpiller. Tu l’as découvert, un jour. Tu étais jeune. Tu semblais fort. Encore jeune, encore fort.

Je suis sa jeunesse, sa grandeur et sa fin.

Tu penses. A tous les moments qu’il a marqués plus vifs. Tu penses. Au vide qu’il habite, au temps qu’il défie, à l’avenir, peut-être. Tu trembles. Tu souris. Le verre éclate ses mains sales se strient de rouge.

Je suis sa jeunesse, sa grandeur et sa fin.

Le plus beau morceau. Le plus effilé. Lentement, tu pénètres ton flanc droit.

Je suis là, attends-moi.

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