Samuel Dixneuf

Pour Clément et Esteban mon père anarchiste

In invité(e)s, vasescommunicants on 5 juin 2014 at 23:59

le 5 juin 2013 Clément Meric est mort sous les coups de haine de jeunes fascistes. Pendant un an je suis passée devant une affiche avec son visage de jeune homme – affiche qui nous appelait à ne pas l’oublier – depuis quelques jours l’affiche a disparu déchirée recouverte par d’autres – le 25 mai 2014 nous avons tous été pendus aux chiffres des résultats des élections européennes – je ne sais pas parler de politique – j’ai commencé à écrire un truc – 1974 mon père a une moustache – Franco est malade – M.L.P. a cinq ans son chien s’appelle Adolph – 1984 mon père a une moustache – Franco est mort – M.L.P a quinze ans son copain s’appelle Adolph – 1994 mon père a une moustache – M.L.P. a vingt cinq ans – son mari s’ appelle Adolph – 2004 mon père a une moustache de cadavre – M.L.P. a trente cinq ans – son enfant s’appelle Adolph – 2014 mon père m’a donné quelque chose – M.L.P. a quarante cinq ans – on voit sa bouche se fendre jusqu’aux lobes ses bras s’écarter ses doigts griffer sa cage thoracique – écran noir – et puis ma tête est restée vide – alors je t’envoie ce texte pour dire que nous n’oublions pas Clément

 

je ne veux pas je ne peux pas vous écrire – et pourtant – c’est en lisant un article de presse vous concernant concernant un acte horrible que vous avez commis vous et d’autres personnes – c’est en lisant cet article c’est en lisant et relisant le prénom que vous portez – je ne sais rien ou très peu de vous – seulement le prénom que vous portez – ce prénom est le prénom de mon père – mon père Esteban – mon père anarchiste – je n’ai rien à vous dire – j’écris votre prénom Esteban et le fait suivre du mot fasciste – nous vivons vous et moi dans le même pays – et vous et moi avons du sang espagnol qui coule dans nos veines – le sang c’est ce qui fait battre le cœur – je vais maintenant écrire un autre prénom – mais avant je dois écrire que le sang de cette autre personne ne fait plus battre son cœur – vous avez arrêté de faire battre son cœur – le cœur de Clément – votre sang espagnol que vous le vouliez ou non porte une histoire – le sang fait battre le cœur des hommes mais le sang porte transporte aussi l’histoire des hommes – vous et moi avons une histoire avec ce sang espagnol – cet après – midi dans une cour pavée j’ai vu le visage rouge de pleurs d’un très jeune garçon  – juste après sa chute – je me suis arrêté – j’ai pensé quelques secondes à votre enfance – avant de devenir fasciste vous avez été un enfant – mais je m’éloigne – et si je veux je peux écrire ça n’est pas pour m’interroger sur votre enfance – je m’interroge sur votre violence extrême faire cesser de battre un cœur – vous êtes un fasciste c’est à dire vous êtes un opposant à la démocratie – je ne sais rien de vous ou très peu – mais je peux supposer que vous connaissez l’histoire de votre pays de naissance et son combat contre le fascisme dans les années les pires qu’il ait connues 1936/1939 – notre pays actuellement ne connait pas de guerre – vous êtes peut être en guerre contre la liberté de penser – contre la république – contre la pensée contre l’intelligence de la langue – mais je m’éloigne – je ne veux je ne peux écrire sur vous vos poings armés votre force physique au service de la mort votre aveuglement car vous n’avez rien vu et les personnes avec vous n ‘ont rien vu – de ce jeune homme frêle de son visage de son regard – vous n’avez rien entendu de ses cris de sa chute – je ne sais pas quelle langue vous parlez je ne sais pas si votre langue est encore humaine je ne sais pas si vous parlez la langue de votre naissance – votre langue porte désormais le crime que vous avez commis le cœur interrompu la vie ôtée la terrible tristesse de ce jour – je veux simplement écrire pour Clément –  et en souvenir de mon père Esteban anarchiste

 

ana nb

Vases communicants, 18e édition. Merci à Ana qui me permet de faire escale dans le jardin sauvage, pour son 5e anniversaire. Et merci pour Clément.

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  1. Je vois encore son affiche, ici ou là, elle reste parfois hors de portée des griffes de ceux qui chassent la mémoire.

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