Samuel Dixneuf

Archive for the ‘Nocturnes’ Category

Reposé

In carnets, Nocturnes on 4 mai 2013 at 16:36

Capture d’écran 2013-05-04 à 16.34.45

Gently rocking

In carnets, Nocturnes, soniques on 31 janvier 2012 at 00:22

 

 

Il avait roulé longtemps

l’oeil rivé sur

la route dérobée

par la nuit

 

De temps en temps

jaillissait

de l’autre côté

des lumières

 

Il se crispait

et pour oublier

regardait les bandes

phosphorescentes

 

Il avait roulé longtemps

vers l’autre côté

bercé par le chant

du silence

 

Enfin là-bas

la fin de la route

la lanterne comme

la pleine lune

 

L’univers,

gently rocking

sur les cuivres

cotonneux

 

La ville

In Nocturnes, Theatrum mundi on 6 janvier 2012 at 17:24

« And all that mighty heart is lying still! »

W.Wordsworth, Composed upon Westminster Bridge, Sept. 3, 1802

 

tu es celui qui la traverse

sans la voir

celui qui la lacère en un hurlement métallique

tu es celui qui l’arpente, tel un désert, dans l’abîme de ses pensées

tu es celui qui l’imagine

autrement

celui qui bricole ses strates invisibles

celui qui voit le bâtiment disparu, le boulevard en chemin, la conversation volée sur un banc jadis solitaire

tu es celui qu’elle habite, obstinément

celui qui entend son murmure dans les champs infinis, celui qui mesure sa solitude à l’aune de son foisonnement

tu es celui immobile, assis, sur le sol, qui la regarde passer

celui qui récite John Donne, les jambes des femmes tels des compas la frappaient en cadence

tu es celui pour qui elle n’existe pas, celui qui, enfermé dans sa petite pièce, a oublié son existence

tu es celui qui creuse sillon, inlassable : trois pas tout droit, deux pas à gauche, un pas à droite,

recommencer

tu es celui qui parle à arbre, animal, étang

celui qui regarde passer homme dans l’indifférence

tu es celui qui l’observe dans le reflet d’une flaque

enfin fragile, elle te sourit

tu es celui qui l’écoute dormir

celui qui la veille tendrement

celui qui la caresse, à l’aube

tu es celui qui se laisse aller dans sa torpeur, journée brûlante

tu es celui qui chante la ville électrique

qui la parcourt en haut, en bas et en tout sens

celui qui rêve à son corps impossible

D’autres textes sur la ville dans la Revue D’ici là 8.

Abre los ojos

In Nocturnes on 2 février 2011 at 10:29

-Vous sentez quelque chose ?

Je suis allongé. Je ne parviens pas à ouvrir les yeux.

-Monsieur, vous sentez quelque chose ?

On ne doit pas s’adresser à moi. Monsieur. Je ne me souviens plus du premier Monsieur. Je devais être jeune. Ca m’avait foutu un coup de vieux. Comme un poids invisible qui allait alourdir ma démarche. Monsieur. Comme une chape de sérieux sur un monde soudainement monochrome. Heureusement, ça n’a pas duré longtemps. J’ai dû dévier quelque part. Déroger à certaines normes. M’écarter du chemin. Manquer à l’appel. Je ne sais pas. Plus de Monsieur.

Des regards durs, accusateurs. Mutisme.

-Monsieur…

C’est peut-être bien de moi qu’il s’agit. Il me semble que mon corps oscille –péniblement, puisque je m’estime rivé au sol.

Une femme. J’aimerais que ce soit une femme. Elle est penchée sur moi. Ses cheveux, longs, bruns, caressent le bas de mon visage. Si je pouvais ouvrir les yeux, je me perdrais dans sa chevelure, son visage se devinerait seulement. Je chercherais ses yeux. Ses longues mains ont agrippé le haut des manches de mon vieil anorak. Les secousses se font plus énergiques. Elle veut que j’ouvre les yeux.

-Vous êtes là ? Vous sentez quelque chose ?

Je préfère l’odeur rance des rues à l’air filtré et brassé des appareils conditionnés. Mais je crois que ce n’est pas la question. Cette femme, que veut-elle ? Je gis peut-être sur l’asphalte, disloqué, ensanglanté. Elle se demande alors si je sens encore quelque chose. Sentir quelque chose, alors, ce serait un bon signe. Mais ça fait longtemps que je ne sens plus rien. Je me souviens du temps où, jeune encore sans doute, j’allais chez le dentiste. Selon lui, je n’étais pas douillet. Il m’aimait bien. J’aurais voulu qu’il me fasse mal. Mais, rien.

Parfois, j’enfonçais mes ongles dans la chair de mon bras en imaginant la douleur.

Mais peut-être peut-on sentir autre chose que la douleur.

-Monsieur !

Elle s’impatiente. Elle s’affole. Je n’y suis pas. Je m’éloigne. I’m not there. Un jour, peut-être, j’ouvrirai les yeux. Il me faudra faire un effort important. Craqueler les croûtes de sang qui scellent mes paupières.

J’ouvrirai les yeux, doucement, et me perdrai dans ceux, infinis, de l’enfance disparue.

carver

In Nocturnes on 18 novembre 2010 at 03:05

Tu te souviens de Carver planté dans un Lavomatic tu l’as lu dans un livre tu ne sais plus Carver ou un autre avec ses gosses ses bouteilles son linge sale les tambours qui s’emballent les machines qui s’ébranlent un vacarme sinistre les gosses courent et crient il reste deux paniers de linge sale et trente minutes de Bourbon Carver pense à la Remington ou à l’Underwood tu ne sais plus il n’a plus que des bouts de papiers humides qu’il fixe avec colère encore une gorgée brûlante ses mains tremblent il écrit il n’a plus le temps de penser à quoi il écrit frénétique sauvage dans les cris et le bruit et le temps qui s’enfuit