Samuel Dixneuf

Archive for janvier 2012|Monthly archive page

Gently rocking

In carnets, Nocturnes, soniques on 31 janvier 2012 at 00:22

 

 

Il avait roulé longtemps

l’oeil rivé sur

la route dérobée

par la nuit

 

De temps en temps

jaillissait

de l’autre côté

des lumières

 

Il se crispait

et pour oublier

regardait les bandes

phosphorescentes

 

Il avait roulé longtemps

vers l’autre côté

bercé par le chant

du silence

 

Enfin là-bas

la fin de la route

la lanterne comme

la pleine lune

 

L’univers,

gently rocking

sur les cuivres

cotonneux

 

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La ville

In Nocturnes, Theatrum mundi on 6 janvier 2012 at 17:24

« And all that mighty heart is lying still! »

W.Wordsworth, Composed upon Westminster Bridge, Sept. 3, 1802

 

tu es celui qui la traverse

sans la voir

celui qui la lacère en un hurlement métallique

tu es celui qui l’arpente, tel un désert, dans l’abîme de ses pensées

tu es celui qui l’imagine

autrement

celui qui bricole ses strates invisibles

celui qui voit le bâtiment disparu, le boulevard en chemin, la conversation volée sur un banc jadis solitaire

tu es celui qu’elle habite, obstinément

celui qui entend son murmure dans les champs infinis, celui qui mesure sa solitude à l’aune de son foisonnement

tu es celui immobile, assis, sur le sol, qui la regarde passer

celui qui récite John Donne, les jambes des femmes tels des compas la frappaient en cadence

tu es celui pour qui elle n’existe pas, celui qui, enfermé dans sa petite pièce, a oublié son existence

tu es celui qui creuse sillon, inlassable : trois pas tout droit, deux pas à gauche, un pas à droite,

recommencer

tu es celui qui parle à arbre, animal, étang

celui qui regarde passer homme dans l’indifférence

tu es celui qui l’observe dans le reflet d’une flaque

enfin fragile, elle te sourit

tu es celui qui l’écoute dormir

celui qui la veille tendrement

celui qui la caresse, à l’aube

tu es celui qui se laisse aller dans sa torpeur, journée brûlante

tu es celui qui chante la ville électrique

qui la parcourt en haut, en bas et en tout sens

celui qui rêve à son corps impossible

D’autres textes sur la ville dans la Revue D’ici là 8.

Papa Noël Attitude

In invité(e)s, vasescommunicants on 6 janvier 2012 at 00:01

      -Assez discuté! Pour 2012, Mc Donald’s me propose trois milliards et demi de dollars. Trois jets privés. Et le déplacement du siège principal de Rovaniemi à Hawaï. Vous vous alignez ?

Autour de l’immense table de conférence, les costumes trois-pièces gris sont plus gris que jamais. Derrière les baies vitrées, Atlanta se noie dans une pluie grise. Au matin gris du 25 décembre 2011, la dinde bouge encore dans tous les estomacs. Tout au bout de la table un costume plus intensément gris que les autres costumes gris s’est levé.

-Vous pouvez pas nous faire ça. Impossible! Nous avons commencé il y a 81 ans, en 1931, vous vous rappelez ? 1931: magazine ads for Coca-Cola featured St. Nick as a kind, jolly man in a red suit. St. Nic, un bonhomme jovial en habit rouge. Les débuts du co-branding. Vous n’êtes rien sans Coca-Cola. Juste un gnome minable! Un troll rubicond échappé du Grand Nord.

-Justement, j’ai froid et j’en ai marre du Grand Nord. J’en ai soupé des rennes et du traineau décapotable par moins cinquante degrés. Je me les gèle, vous comprenez ? Et il est où, l’anglophone décérébré qui m’a appelé St. Nic ? St. Nic! Pourquoi pas St. Fornic, tant qu’on y est ? Ah! Justement, ça me fait penser! L’abstinence aussi, j’en ai soupé. Va falloir que la chair exulte, sinon je vais exploser.

-Écoutez Nic…

-Ah non! Plus de Nic ou de Nicolas. Assez de ce prénom débile! Appelez-moi Noël. Juste Noël. Ça suffira.

-Écoutez Noël, la situation est difficile sur le marché des sodas. Je vous rappelle qu’en termes de revenus, nous avons été dépassés par Pepsi. Sans parler de la concurrence des pays émergents qui fabriquent du Coca démarqué avec n’importe quoi. La pression sur nos marges est toujours plus forte. Alors, il faut bien qu’on coupe quelque part. Pour 2012, je peux vous offrir 2 milliards. Point final. Et pour le reste, je vais voir ce que je peux faire.

-C’est pas tout. Il y a aussi le groupe-cible.

-Qu’est-ce qui va pas avec le groupe-cible ?

-Il y a que j’en ai marre des enfants.

-???

-J’en ai assez. Les enfants sont sales. Ils sont bruyants. Insupportables. Il arrive même qu’ils s’oublient sur mes genoux ou qu’ils se mouchent dans ma barbe. J’en peux plus. Les enfants, c’est terminé. D’ailleurs, j’en ai déjà parlé avec MacDo. L’année prochaine, ce sera Happy Meal pour tout le monde. On leur balancera des bons sur Facebook que leurs parents pourront retirer au Mc Drive. Moi, pendant ce temps, je pourrai enfin m’occuper des filles. Des filles! Vous comprenez ? Si possible entre 25 et 30 ans. Alors, ce sera campagne de pub dans tous les magazines féminins. Et dans ma hotte, seulement des Manolo Blahnik et des Louboutin.

-Noël, vous avez perdu la raison.

-Non. Après toutes les années ceinture, j’veux de la meuf. Des filles, vous comprenez ? D’ailleurs pour l’année prochaine, ce sera total changement de look. Fini la couperose, la barbe ZZ Top et les boudins Bibendum. En 2012, je serai poivre, sel, barbe de trois jours et cheveu dru. Le corps huilé. Blazer vert aux bordures dorées avec rappel contrasté du logo MacDo, juste sur le haut de la pochette. Pantalons slim velours mauve. Boots glitter. Aston-Martin, évidemment. C’est mon côté James Bond.

-Monsieur Noël, reprenez-vous! Tout ça ne va pas être possible. Votre cœur de cible, c’est les enfants. Votre couleur, c’est le rouge avec du blanc. Nous n’allons pas vous laisser détruire 85 années de personal branding. Les enfants aux yeux brillants. La plus belle histoire du monde!

-Ton histoire, elle fait surtout tourner ta caisse enregistreuse. Alors, on dit trois milliards et demi de dollars. Trois jets. Une Aston-Martin et moi en James Bond.

-Monsieur Noël, je vous répète que la conjoncture actuelle ne nous permet pas de nous aligner sur l’offre de Mc Donald’s. Mais j’ose espérer que 85 années d’une collaboration sans faille pèseront dans la balance à l’heure de votre choix.

-Tu me prends pour un clown ? C’est vrai qu’avec ces habits et cette barbe, ce serait difficile de faire autrement. Alors, écoute-moi bien, Monsieur Le. Notre collaboration s’arrête ici et maintenant. Tu reprends ton traineau et tes billes. À partir de maintenant, le Père Noël s’appelle MC Xmas.

Et dans les Happy Meals, on mettra DU PEPSI!

Vases communicants, première cuvée 2012 et ce texte en forme d’anticonte de Noël -il n’est fait ici nul hommage à Michel Onfray-  issu du « Petit Monde » à part de Nicolas Esse. Mon texte, sur un registre assez différent, c’est chez lui