Samuel Dixneuf

Archive for the ‘Theatrum mundi’ Category

La ville

In Nocturnes, Theatrum mundi on 6 janvier 2012 at 17:24

« And all that mighty heart is lying still! »

W.Wordsworth, Composed upon Westminster Bridge, Sept. 3, 1802

 

tu es celui qui la traverse

sans la voir

celui qui la lacère en un hurlement métallique

tu es celui qui l’arpente, tel un désert, dans l’abîme de ses pensées

tu es celui qui l’imagine

autrement

celui qui bricole ses strates invisibles

celui qui voit le bâtiment disparu, le boulevard en chemin, la conversation volée sur un banc jadis solitaire

tu es celui qu’elle habite, obstinément

celui qui entend son murmure dans les champs infinis, celui qui mesure sa solitude à l’aune de son foisonnement

tu es celui immobile, assis, sur le sol, qui la regarde passer

celui qui récite John Donne, les jambes des femmes tels des compas la frappaient en cadence

tu es celui pour qui elle n’existe pas, celui qui, enfermé dans sa petite pièce, a oublié son existence

tu es celui qui creuse sillon, inlassable : trois pas tout droit, deux pas à gauche, un pas à droite,

recommencer

tu es celui qui parle à arbre, animal, étang

celui qui regarde passer homme dans l’indifférence

tu es celui qui l’observe dans le reflet d’une flaque

enfin fragile, elle te sourit

tu es celui qui l’écoute dormir

celui qui la veille tendrement

celui qui la caresse, à l’aube

tu es celui qui se laisse aller dans sa torpeur, journée brûlante

tu es celui qui chante la ville électrique

qui la parcourt en haut, en bas et en tout sens

celui qui rêve à son corps impossible

D’autres textes sur la ville dans la Revue D’ici là 8.

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Post-mortem

In Fictions, Theatrum mundi on 27 octobre 2011 at 10:25

Je ne sais pas combien de temps il me reste à vivre. Je ne l’ai jamais su. Je suis donc resté, au fond, malgré tout, un peu, comme vous, les autres. Une différence, pourtant. Pendant vingt ans, chaque jour, jouer avec le terme : dans la valse lente du crépuscule, ou dans l’attente stérile de l’aube délavée. Death row. Le couloir, s’il existe, est sans fin. Et la lumière, au bout, faut-il y croire ?

Je reçois des lettres lointaines. Des femmes surtout, probablement seules, tentent d’oublier leur quotidien de condamnées en écrivant à un condamné. Je leur réponds, toujours. Je leur dis de regarder ailleurs. Elles ne me comprennent pas. Je les laisse s’apitoyer. C’est un remède comme un autre.

Vous pensez à moi et vous dites il a du temps et vous avez tort. Le jour passe toujours aussi vite. Pour le retenir, se vider l’esprit. Et le regarder. Essayez.

Pourquoi suis-je là ? Il doit bien y avoir une raison. Il y a longtemps, j’ai décidé de répéter chaque jour mon innocence, comme un mantra. Je le répète encore aujourd’hui, mais il n’a plus de sens. Que s’est-il passé il y a vingt ans ? Personne ne le sait plus. Même pas moi.

Ainsi donc je suis devenu un symbole. Je déborde enfin mon enveloppe charnelle. Je suis devenu une idée. Je suis sur vos langues, je suis dans vos têtes, je suis dans vos rues. Y resterai-je ? On vient me chercher. Le couloir est court aujourd’hui. La pièce blanche. Et ce qui troue mon bras plus soluble qu’une idée.

Short Message Service

In Theatrum mundi on 24 février 2011 at 16:38

To O…

——

Ne pas confondre le monde et la représentation que l’on s’en fait.

Ajuster son regard, comme un photographe de l’âme.

Voir clair, enfin

Comprendre le dérisoire et l’étreindre.

Je t’embrasse et pense à toi.

Samuel.

L’éternité et un jour

In Theatrum mundi on 5 octobre 2010 at 12:54

En 2009, Bernard Madoff a été condamné à 150 ans de prison aux Etats-Unis. Comme le plus pervers des serial killers, Madoff « n’aura jamais droit à la libération conditionnelle« .

Aujourd’hui, en premier jugement, Jérôme Kerviel a été condamné à 4.915.110.154 euros d’amende. Avec son salaire actuel, Kerviel mettra 16 600 ans à rembourser la somme.

Les peines ne sont plus assez grandes lorsque les crimes sont démesurés.

La démesure du système veut qu’il punisse ses enfants les plus doués.

Pour l’éternité. Et un jour…

Durcissement

In Theatrum mundi on 5 octobre 2010 at 12:14

Le durcissement est l’expression d’un désir.

Durcissement des syndicats face au durcissement du gouvernement.

Volontés dressées.

Slogans et oriflammes brandis.

Combat de coqs sous les cris de la foule.

De quoi parle-t-on ?

Le désir se passe de justification.

Le durcissement est l’expression d’un désir.